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Nouvelles

La renaissance du Conseil des universités

24 janvier 2013

Un outil indispensable pour développer l'enseignement supérieur au Québec

Par François Blais, Doyen de la Faculté des sciences sociales de l'Université Laval

On peut déjà annoncer qu'au moins deux consensus vont émerger de l'exercice actuel du Sommet sur l'enseignement supérieur. Tout d'abord, on reconnaîtra les pas prodigieux que le Québec a accomplis dans le domaine universitaire et qui place sa situation dans un profil très enviable au Canada et sur la scène internationale.

Deuxièmement, on retiendra que pour progresser, ce réseau aura besoin d'une vision plus claire de ses objectifs futurs et d'un nouvel organisme public qui verra à l'appuyer dans ses différentes missions. Ceci nous conduit à la nécessaire création d'un Conseil des universités pour le Québec.

Le Conseil des universités

Cet organisme a existé au Québec jusqu'en 1993. Dans une vague de compressions budgétaires, il a été aboli comme plusieurs autres. On a faussement cru à l'époque que son rôle pourrait être joué par le Conseil supérieur de l'éducation via sa Commission de l'enseignement universitaire, mais on a malencontreusement omis de remettre à celui-ci le mandat et les faibles ressources du premier.

Une partie de ses fonctions fut progressivement assumée par la Conférence des recteurs et principaux des universités du Québec (CRÉPUQ), une association de chefs d'établissement. La Conférence s'est ainsi retrouvée juge et partie dans de nombreux dossiers d'importance. Elle s'est très partiellement tirée de cette situation délicate en instituant la Commission des universités sur les programmes et en mettant en place un processus indépendant d'examen des projets de nouveaux programmes. Mais il faut bien comprendre que la CREPUQ demeure essentiellement une association de dirigeants qui ont à cœur les intérêts de leur établissement respectif. Le consensus, voire l'unanimité, y est forcément la règle pour l'émission d'avis. On ne peut compter sur un organisme du genre pour faire des propositions audacieuses et nécessaires notamment si elles risquent de nuire aux intérêts de l’un ou l’autre de ses membres!

La CRÉPUQ demeure congénitalement incapable de jouer le rôle d'un organisme indépendant, apte à fournir des avis objectifs, désintéressés et surtout crédibles sur les grandes questions touchant l'avenir de l'enseignement supérieur au Québec : les besoins de notre société en matière d'enseignement et de recherche universitaires, l'établissement des besoins financiers du réseau universitaire québécois, la répartition des coûts de l'enseignement universitaire et la question incidente des droits de scolarité, la délocalisation de l'offre des cours et des programmes allant jusqu'à la création de nouveaux campus, l'évolution de notre réseau universitaire en regard de celui de sociétés comparables, etc.

Est donc arrivé ce qui devait inévitablement se produire. La crédibilité de la CRÉPUQ pour traiter de ces sujets a été progressivement remise en question jusqu'au point d'être attaquée de manière frontale par le mouvement étudiant le printemps dernier. De surcroît, en l'absence du nécessaire filtre d'une réflexion indépendante, sereine, objective et approfondie, les questions sensibles touchant les universités ont été trop rapidement politisées et se sont retrouvées à l'état de graves problèmes, voire de crises, sur le bureau du Ministre et même sur la table du Conseil des ministres qui ont eu tout le mal du monde à gérer ces situations, dépourvus qu'ils étaient d'avis objectifs et crédibles aux yeux de la population.

Cette malheureuse dynamique doit être brisée. Le Ministère doit retrouver son rôle en regard des grandes orientations de l'enseignement supérieur, mais, pour l'assister, compte tenu entre autres de l'extrême méfiance qui règne en ce moment entre les partenaires, il devra remettre en place, et très rapidement à mon avis, un organisme-tampon maintenant une distance raisonnable et nécessaire entre le politique et toutes les parties impliquées dans le débat.

Le Conseil des universités n'émanera ni du Ministère de l'Enseignement supérieur ni des universités, pas plus des associations d'étudiants ou des syndicats de professeurs. Cela lui permettra de garder une distance nécessaire et de préserver l'autonomie relative de chacun. Il aura pour mandat de conseiller le ministre de l'Éducation et de l'aider à faire des arbitrages intelligents afin de s'assurer d'un développement plus harmonieux du réseau et d'une gestion plus efficace des deniers publics. Il devrait aussi être appelé à se prononcer sur les besoins du réseau universitaire, sur le développement ou même le regroupement de certains programmes, sur le niveau et les modalités de financement requis par l'État, les étudiants ou tout autre groupe et sur l'établissement de nouveaux campus. Ses membres devraient être des personnalités connaissant très bien le milieu universitaire ici et ailleurs dans le monde, des représentants de la société civile et du Ministère.

L'université comme service public

Il n'est pas certain que l'existence d'un Conseil des universités aurait empêché le printemps que nous avons connu l'année dernière, mais il nous aurait sans doute évité un certain nombre de dérapages, de déclarations à l'emporte-pièce et de présentations de données ou d'études faites « sur mesure » par des demandeurs aux intérêts bien connus. Les parties en présence doivent se réapproprier l'idée fondamentale que l'université, au Québec du moins, est et doit demeurer un service public et, qu'à ce titre, son bon développement doit se dérouler à l'enseigne d'une saine coordination et d'objectifs clairs qui émanent du Gouvernement du Québec et qui soient acceptées par la population et par les universitaires eux-mêmes, professeurs et étudiants.

De plus, ce serait bien la moindre des choses que nous puissions compter, comme citoyens, sur une organisation impartiale capable de nous fournir des données et des études sérieuses sur la performance de nos universités et sur la pertinence des mandats qui lui sont confiés. Nous aurons ainsi dépolitisé en partie bon nombre de débats qui sévissent en ce moment.

Les États modernes doivent pouvoir faire reposer leurs décisions sur des données probantes et une vision claire de la réalité. C'est pourquoi, j'ajoute ma voix à tous ceux et celles, ils sont nombreux, qui ont déjà commencé à réclamer la mise sur pied de cet organisme nécessaire au bon développement de nos universités.

François Blais
Doyen de la Faculté des sciences sociales de l'Université Laval

Cet article a été publié dans Le Devoir du 22 janvier 2013 : http://www.ledevoir.com/societe/education/368956/la-renaissance-du-conseil-des-universites