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Faculté des sciences sociales
Pavillon Charles-De Koninck
1030, av. des Sciences-Humaines
Local 3456-E
Québec (Québec) G1V 0A6

Nouvelles

L’idée révolutionnaire de Georges-Henri Lévesque

12 mars 2013

Par ASSIA KETT ANI, collaboratrice Le Devoir

La Faculté des sciences sociales (FSS) célèbre cette année ses 75 ans d’existence. Cet anniversaire souligne un pan important de l’histoire intellectuelle et sociale du Québec. Pas étonnant, donc, qu’on marque l’événement par diverses manifestations.

La création de la FSS, vouée à l’enseignement des sciences sociales en français, a eu « un impact considérable sur la modernisation du Québec et de ses institutions. On y trouve l’origine de la Révolution tranquille », rappelle Simon Langlois, directeur du département de sociologie, qui a rendu hommage à l’influence du premier sociologue québécois, Jean-Charles Falardeau, lors de la conférence d’ouverture des célébrations.

La création de la FSS était à l’époque « une idée révolutionnaire », avance le doyen de la Faculté, François Blais. Fondée par le père Georges-Henri Lévesque en 1938 sous le nom d’École des sciences sociales, politiques et économiques, avant de devenir la FSS en 1943, elle a été marquée par la volonté de donner des assises scientifiques à « des débats sociaux et politiques qui étaient, selon le père Lévesque, menés sur une base trop émotive ». Alors que la sociologie était une discipline peu connue dans les milieux canadiens, tant francophone qu’anglophone, le jeune père dominicain en découvrit la pertinence lors d’un voyage en Europe, où il « comprit que ces disciplines existaient ». Ces nouvelles approches scientifiques devaient s’avérer fondamentales dans un contexte de bouleversements engendrés par la Dépression des années 1930.

 

La toute première cohorte de la Faculté des
sciences sociales en 1938 (elle se nommait
alors l’École des sciences sociales,
politiques et économiques), avec le père
Lévesque au centre.


Conçue sur le modèle de l’Université de Chicago, où la recherche occupait une place prépondérante, contre le modèle en vigueur des universités consacrées uniquement à l’enseignement, la FSS a projeté un Québec alors en pleine mutation sous la loupe de ses propres recherches, permettant d’« identifier notre milieu social et [d’]en prendre conscience », selon les mots de Jean-Charles Falardeau. « Les intellectuels français et européens ne s’intéressaient pas à la société québécoise, poursuit François Blais. Avec la FSS, nous avons pu former des intellectuels francophones qui se sont penchés sur le Québec. Ces connaissances ont été primordiales pour orienter nos choix politiques et sociaux. La pire des choses est d’importer les idées des autres. »

Alors que l’État québécois était en pleine modernisation, la Faculté a formé les hauts fonctionnaires qui ont jeté les bases de l’évolution politique du Québec, contribuant à en transformer la structure sociale. « À l’époque, on formait des avocats et des médecins en grand nombre, mais l’État manquait de personnel qualifié en sociologie, en sciences politiques ou en économie qui soit capable de prendre en main les grands dossiers sur les réformes de l’éducation et de la santé. Le père Lévesque, qui appartenait à l’aile progressiste du clergé de l’époque et qui s’opposait de manière virulente à Duplessis, a ainsi formé les artisans de la Révolution tranquille », explique François Blais. Et 75 ans plus tard, Simon Langlois souligne la marque toujours vivante laissée par la FSS sur le Québec d’aujourd’hui : « Les fondements du débat idéologique qui secoue aujourd’hui les universités, où on évoque la gratuité et le rapport Parent, ont germé à la Faculté des sciences sociales dans les années 1950. »

Si sa première cohorte de 1938 est formée de 45 étudiants, à partir de 1943, la Faculté, avec ses quatre départements (sociologie, économie, relations industrielles et service social) et ses quatre professeurs, connaît une expansion considérable. Aux disciplines originales sont venues s’ajouter au fil des ans la science politique, l’anthropologie et la psychologie. La FSS compte aujourd’hui 5000 étudiants, 5 départements et 2 écoles. La criminologie, dernière-née de la Faculté, s’est dotée il y a six mois d’un baccalauréat.

D’ici et d’ailleurs
Par son discours d’ouverture sur le monde, la FSS prend sa place au coeur d’un réseau francophone international, comptant dans ses rangs plus de 600 étudiants francophones étrangers, surtout de France et de Belgique, auxquels s’ajoutent les étudiants québécois en programmes d’échanges.

Bénéficiant d’une formation en français, les chercheurs sont amenés à prendre part au dialogue scientifique qui s’engage à l’échelle internationale, et cela, en anglais. « Nous devons admettre que l’anglais est devenu la langue de la science. C’est une tendance très lourde, bien installée », estime François Blais. Loin de s’en plaindre, le doyen de la Faculté voit dans cette évolution l’occasion inestimable de s’adresser aux spécialistes qui partagent les mêmes champs d’intérêt, au-delà des frontières. « Publier en anglais permet de communiquer avec des chercheurs du monde entier, qui travaillent dans des domaines extrêmement spécialisés. En publiant en français, les chercheurs ne pourraient pas confronter leurs résultats avec les autres. Or, il s’agit là d’une condition essentielle à la recherche de qualité. »

Et même s’il admet que l’usage exclusif de l’anglais dans certains domaines peut représenter « un handicap pour les chercheurs francophones par rapport aux Anglo-Saxons », François Blais souligne les compétences supplémentaires acquises en comparaison à leurs collègues unilingues.

Cela dit, cette prédominance de l’anglais varie selon le champ de recherche. En effet, alors que « la recherche fondamentale, en psychologie ou en économie, est surtout publiée en anglais », le français demeure prépondérant lorsqu’il s’agit de sciences sociales appliquées.

Partenariats
Les sciences sociales en français sont également le vecteur privilégié de l’accès à la fonction publique, à la faveur des liens étroits tissés entre la Faculté et plusieurs partenaires. Elle s’est par exemple rapprochée de l’École nationale d’administration publique (ENAP), de l’Assemblée nationale et d’organisations rattachées au Parlement, et s’est dotée d’une Chaire de recherche sur la démocratie et les institutions parlementaires.

Ces 75 ans d’existence sont ainsi l’occasion de rappeler la richesse et l’apport de cette institution majeure au Québec. « Le père Lévesque était francophile. Il défendait la dualité linguistique au Québec et avait compris l’importance de créer des institutions culturelles pour défendre le fait francophone au Québec. » Même si le français a perdu du terrain par rapport à l’anglais en recherche, il convient d’honorer, selon François Blais, cet héritage. « Il faut protéger nos institutions culturelles et scientifiques francophones et appuyer la recherche et la formation en français ».

Source: Le Devoir