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Faculté des sciences sociales
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1030, av. des Sciences-Humaines
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Québec (Québec) G1V 0A6

Nouvelles

Marc-Aurèle Thibault, pionnier des sciences sociales

10 avril 2013

Par Hubert LAFORGE, O.M., Médaille Édouard-Montpetit
Ancien doyen de la Faculté des sciences sociales de l’Université Laval et président de la Fondation du patrimoine laurentien

En 1938, dans la modeste maison de la rue Sainte-Famille du Vieux-Québec, naissait une institution qui allait devenir le lieu, peut-être le plus important, de fermentation puis de transformation de la société québécoise : l’École des sciences sociales, politiques et économiques, qui prendra le statut de faculté cinq ans plus tard.

On en marque avec un éclat particulier cette année (initiative du doyen François Blais) le 75e anniversaire. Son fondateur, le dominicain Georges-Henri Lévesque, était allé recueillir en Europe, au début des années 30, les idées dont il voulut ensuite faire la transposition et l’adaptation à la société d’ici. Société jugée jusqu’alors « suffisamment sinon parfaitement encadrée » par l’Église et l’État. Ce qui n’empêcha pas le père Lévesque, en 1938 au Palais Montcalm, en présence du « prince de l’Église » et cardinal Villeneuve, de prononcer son audacieuse et célèbre phrase : « Si l’autorité vient de Dieu, la liberté aussi vient de Dieu. »

Si l’idée de formation de sociologues, politologues et économistes ne parut pas trop suspecte aux autorités ecclésiastiques, il n’en fut pas du tout de même pour les autorités politiques. Les « intercessions annuelles » des directions de l’Université Laval auprès du premier ministre Duplessis arrivaient à trouver modestement grâce lorsqu’il s’agissait de supporter la formation des médecins, avocats et ingénieurs. Mais il en fut tout autrement des demandes pour la nouvelle Faculté des sciences sociales : « De quoi se mêle donc le révérend père ? L’organisation politique et économique de la province, ça me regarde. Quant à la sociologie, ça ne peut nous conduire qu’au socialisme et au communisme. Donc pas question ! »

Ainsi, ce fut la disette durant de longues années pour la faculté naissante. Mais la détermination du fondateur de préparer de bons spécialistes, scientifiquement formés, demeurait ferme. En complétant naturellement d’abord la formation des quelques professeurs déjà en exercice. Grâce à ses démarches, bon nombre d’entre eux purent aller étudier dans les meilleures universités des États-Unis et d’Europe. C’est ainsi que le jeune professeur Marc-Aurèle Thibaut put se rendre avec sa famille en Angleterre et y décrocher un doctorat en économique de la célèbre London School of Economics.

Comme il en témoignait lui-même, les premières cohortes de diplômés ne trouvèrent que difficilement des emplois dans les entreprises, et encore moins dans la fonction publique québécoise, toujours totalement fermée aux nouvelles disciplines. Ce n’est que dans les années soixante, avec la Révolution tranquille, que les vannes enfin s’ouvrirent et que la Faculté des sciences sociales de Québec et celle créée à Montréal par Édouard Montpetit (où, parmi d’autres, devait émaner le professeur Guy Rocher, issu de la Faculté de Québec) purent inonder de leurs nombreux diplômés, le sol hautement fertile, mais longtemps laissé en jachère, de la société québécoise. Nous ne serons jamais assez reconnaissants à l’endroit de tous ces pionniers qui, à l’instar de Marc-Aurèle Thibault, éclairés, audacieux et persévérants, ont su former des générations de spécialistes des disciplines sociales, essentielles comme d’autres, à la construction d’une société moderne et dynamique.

Lors des funérailles du samedi 23 mars 2013, les 5000 tuyaux des grandes orgues de l’église des Saints-Martyrs-Canadiens ont résonné de façon particulièrement brillante sous les doigts de l’actuel président Richard Paré (en présence du pionnier Claude Lagacé) des Amis de l’orgue de Québec pour saluer le grand départ de l’un de ses anciens présidents, le professeur, économiste et mélomane Marc- Aurèle Thibault.

Source : Le Devoir