Le gouvernement Couillard promet de corriger une incohérence

Le gouvernement Couillard promet de corriger une incohérence

12 juin 2017

Guy Laforest dans Le Devoir du 10 juin dernier.

Projet de loi sur l'interculturalisme

Je veux faire ressortir ici une dimension négligée dans les commentaires qui ont entouré la publication par le gouvernement du Québec de sa politique d’affirmation du Québec et de relations canadiennes intitulée Québécois : notre façon d’être Canadiens. En plus de lancer une politique, le gouvernement y fait deux promesses : dGuy Laforest’abord, la politique sera suivie d’un plan d’action qui inclura une réorganisation du Secrétariat aux affaires intergouvernementales canadiennes (SAIC) avec des incidences sur l’ensemble des ministères ; ensuite, et c’est l’essentiel pour moi, le gouvernement promet l’adoption dans la prochaine année d’une politique officielle d’interculturalisme. S’il passe vraiment aux actes, le gouvernement corrigera une incohérence. Je m’explique.

Il y a presque dix ans, au printemps 2008, Gérard Bouchard et Charles Taylor publiaient Fonder l’avenir : le temps de la conciliation, le rapport de la Commission de consultation sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles. Dans un dessein de rapprochement des inquiétudes entre la majorité francophone et les minorités issues de l’immigration, particulièrement à propos des pratiques religieuses de ces dernières, le rapport proposait l’adoption d’une politique d’interculturalisme qui aurait défini de manière claire les règles du vivre ensemble dans notre société, en ajoutant à l’énumération mécanique de ces règles une vision de l’intégration assez compréhensive pour inclure de fortes dimensions symboliques, politiques et juridiques. Au fond, le rapport proposait de définir le Québec comme une nation interculturelle. Sur le plan de la théorie sociologique de l’intégration, le rapport était imbattable. J’ajoute que, notamment parce que le Québec est dans la mire de la communauté internationale des sciences sociales, sans oublier la formidable réputation de Gérard Bouchard et de Charles Taylor, le rapport a été beaucoup discuté dans le monde. Pourtant, c’est ma conviction profonde, il reposait sur un mauvais compromis, sur une incohérence fondamentale. Le dire n’enlève rien à Charles Taylor et à Gérard Bouchard.

Article complet : Le Devoir, 10 juin 2017