8 février 2019

Heure: 9h
Lieu: Pavillon Charles-De Koninck, local 3244

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SOUTENANCE DE THÈSE DE VALÉRIE HARVEY

« Papa 2.0 - Les pères québécois et les congés parentaux »

Depuis 2006, le Régime québécois d’assurance parentale (RQAP) offre aux pères québécois la possibilité de prendre trois à cinq semaines de congé de paternité pendant la première année suivant la naissance d’un enfant. Ils peuvent également utiliser les semaines parentales (de 25 à 32 semaines selon le plan choisi). Une enquête qualitative exploratoire auprès d’une trentaine de pères travaillant en technologies de l’information (TI) a permis de constater que le père n’estime pas avoir la légitimité de discuter des semaines parentales, de facto attribuées à la mère. En fonction de la place qui lui est accordée lors du congé, le père peut avoir l’impression d’être inutile à la maison ou d’être un véritable partenaire. Pendant le congé, plusieurs pères disent avoir ressenti de l’isolement et des doutes, particulièrement si le congé est prolongé au-delà des cinq semaines du congé de paternité. Les pères québécois tendent à rester impliqués dans les soins aux enfants, même après être retournés au travail, mais les inégalités quant aux tâches domestiques demeurent.

 

Au niveau de l’entreprise, la prise du congé de paternité de trois à cinq semaines est bien acceptée, mais le moment de la prise du congé peut être problématique en fonction du calendrier des entreprises. Les cinq semaines semblent être devenues une nouvelle norme au Québec et elles sont gérées comme des vacances annuelles, ce qui signifie que l’employé est rarement remplacé. Cela incite le père à rester connecté et à faire des compromis sur les dates de son absence. Les pères qui prennent plus longtemps que le congé de paternité doivent faire davantage de compromis avec leur employeur. Ils sont souvent les premiers à demander de partir aussi longtemps, pouvant servir de modèle aux autres employés. À leur retour au travail, il peut être difficile pour le père de reprendre le même rythme qu’auparavant, d’être présent aux mêmes heures que les autres, d’accepter les heures supplémentaires. Les pères ont tendance à devoir s’absenter plus souvent, à prendre des responsabilités parentales qui les obligent à quitter plus tôt et certains ont témoigné avoir perdu une promotion ou avoir eu l’impression d’être déclassés. Certains ont quitté leur emploi pour trouver un rythme qui s’accordait mieux avec leur réalité familiale.

Dans le Québec d’aujourd’hui, le père n’est pas interchangeable avec la mère, cherchant toujours sa place, hésitant entre l’impression d’être inutile et celle d’être un partenaire essentiel. Mais la figure du père 2.0 est devenue une part essentielle à l’intérieur des familles québécoises du 21e siècle.
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JURY

 

Présidente du jury :

Gina Muckle, vice-doyenne aux études
Faculté des sciences sociales, Université Laval

 

Directeur de recherche:

Gérard Duhaime, Département de sociologie, Université Laval

 

Codirectrice de recherche:

Diane-Gabrielle Tremblay, École des sciences de l’administration, Téluq

 

Examinateur et examinatrices:

Olivier Clain, Département de sociologie, Université Laval

Caroline Henchoz, Université de Fribourg

Sylvie Lacombe, Département de sociologie, Université Laval