21 février 2020

Heure: 13h
Lieu: Pavillon Charles-De Koninck, local 3157

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Logiques sociales de la pratique de la mendicité par des «mères de jumeaux» dans la ville de Ouagadougou (Burkina Faso)

Résumé:

Le Burkina Faso traverse actuellement une situation complexe dans un environnement dégradé marqué par la paupérisation, notamment en milieu rural. À cela s’ajoute le contexte de crise politique et économique qui a plongé les populations dans une situation de précarité plus sévère et dans une insécurité sociale sans précédent. La ville de Ouagadougou, au regard de ses atouts de capitale du pays, constitue un « refuge doré » pour de nombreuses populations en quête de meilleures conditions de vie. Cependant, Ouagadougou présente des possibilités très limitées en matière d'emplois et de logements, et le coût de la vie augmente progressivement, imposant aux citadins pauvres une recherche de stratégies d’adaptation pour la survie. Ceux qui n'arrivent pas à trouver un emploi stable exercent de petits métiers (artisans, vendeurs ambulants, réparateurs, charretiers, etc.) ou sont obligés d'exploiter d'une manière anarchique les ressources naturelles à leur portée : la coupe de bois de chauffe, le ramassage du sable, etc. D’autres encore s’adonnent aux activités illicites telles que la délinquance, la prostitution et la mendicité. Cette thèse traite de la pratique de la mendicité par des « mères de jumeaux » (MJ) à Ouagadougou. Elle s’appuie sur un relevé cartographique de trente-neuf (39) sites de mendicité, un recensement de cent-quatre-vingt-dix-huit (198) « mères de jumeaux » en situation de mendicité (MJM), des entretiens individuels menés auprès de trente-trois (33) d’entre elles, trois (3) époux de MJM et soixante-quatre (64) autres citadins. Les résultats révèlent que confrontés au sous-emploi, certains hommes dans Ouagadougou n’arrivent plus à subvenir aux besoins de leur ménage. Plusieurs d’entre eux choisissent de migrer sur des sites d’orpaillage ou vers des pays voisins, dans l’espoir de trouver du travail. Le sous-emploi des hommes ou leur absence prolongée entraîne un engagement accru des femmes dans la recherche des ressources nécessaires à la survie des membres du ménage. De plus, la difficile conciliation travail-informel, tâches ménagères et garde des enfants jumeaux rend difficile l’exercice des activités commerciales pour certaines MJ. À cela s’ajoute la fragilité du lien social en contexte urbain qui rend la précarité économique plus sévère, car elle n’est plus portée solidairement par la communauté, mais supportée par l’individu seul.  Par ailleurs, l’étude révèle que la présentation des jumeaux est un fait culturel pour certains groupes socioculturels qui considèrent les jumeaux comme des enfants exceptionnels. Perçus comme des êtres divins, les jumeaux devaient être présentés à la communauté qui leur faisait alors des dons et recevait en retour leurs bénédictions. S’inspirant de cette coutume, et dans un contexte de précarité, des femmes instrumentalisent ces dispositions culturelles pour survivre.
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JURY

Directeur de recherche:
Richard Marcoux, professeur titulaire, Département de sociologie, Université Laval

Codirectrice de recherche :
Fatoumata Badini-Kinda, professeure titulaire, UFR Sciences Humaines
Université Joseph Ki-Zerbo, Ouagadougou (Burkina Faso)

Examinatrice externe :
Anne Calvès, professeure titulaire, Département de sociologie
Université de Montréal

Examinateur externe :
Jean-François Kobiané, maître de conférences
Institut supérieur des sciences de la population
Université Joseph Ki-Zerbo, Ouagadougou (Burkina Faso)

Examinatrice :
Sylvie Lacombe, professeure titulaire, Département de sociologie, Université Laval

Présidente du jury :
Aurélie Campana, professeure titulaire, Département de science politique
et vice doyenne aux études de la Faculté des sciences sociales, Université Laval