Soutenance de thèse - Gianmarco Fontana
Heure: 10 h à 12 h
Lieu: DKN-5128
Description de l'événement
Not only the domestic matters: the international dimension of authoritarian – the case of Syria (2011-2013)
ID de réunion : 639 2916 2826
Code secret : 880712
Résumé complet de la thèse
La survie du régime Assad : anatomie d'un effondrement qui n'a pas eu lieu
En 2011, la Syrie présentait la quasi-totalité des conditions associées, dans la littérature, à la chute d'un régime autoritaire : mobilisation populaire massive et durable, défections au sein de l'appareil militaire et diplomatique, émergence d'une opposition armée, isolement régional et international, effondrement économique sous l'effet des sanctions. Les régimes tunisien, égyptien et libyen étaient tombés avec moins. Deux ans plus tard, pourtant, le régime de Bachar al-Assad était toujours en place. C'est de cet écart entre les attentes analytiques et l'issue observée que part cette thèse.
Ce travail propose d'en rendre compte en déplaçant le regard. La littérature sur l'autoritarisme a longtemps cherché les clés de la survie des régimes à l'intérieur de leurs frontières : cohésion des appareils coercitifs, loyauté des élites, réseaux clientélaires, capacité de répression, faiblesse ou fragmentation des oppositions. Ces facteurs comptent, et la recherche les examine sérieusement. Mais elle montre qu'ils ne suffisent pas. Pris isolément, ils expliquent au mieux pourquoi le régime n'a pas cédé immédiatement ; ils n'expliquent pas pourquoi il a pu tenir durablement face à une pression aussi intense et aussi prolongée.
L'argument central porte sur le rôle décisif de deux acteurs extérieurs - la Russie et l'Iran - analysés ici comme des black knights : des puissances dont l'engagement politique, militaire, économique et diplomatique vient neutraliser les effets de l'isolement international et de la pression exercée sur un régime contesté. Vetos au Conseil de sécurité, lignes de crédit, livraisons d'armes, conseillers militaires, mobilisation de forces alliées, contournement des sanctions : ces soutiens n'ont pas seulement prolongé la vie du régime, ils ont modifié la structure même du conflit et redéfini les calculs de tous les acteurs impliqués.
En articulant politique comparée et relations internationales - deux champs qui dialoguent trop rarement - la thèse propose une lecture de la survie autoritaire qui prend l'international au sérieux, non comme toile de fond, mais comme variable explicative à part entière. Elle distingue également deux phénomènes souvent confondus : la survie, c'est-à-dire le fait pour un régime de ne pas tomber à court terme, et la résilience, qui suppose une réorganisation structurelle plus profonde.
Au-delà du cas syrien, ce travail éclaire une dynamique devenue centrale dans l'ordre international contemporain : dans un monde où la compétition entre grandes puissances s'est réinstallée, les autoritarismes contestés ne survivent plus seuls. Ils survivent parce que d'autres ont intérêt à ce qu'ils survivent - et cet intérêt, désormais, fait partie de l'équation.
Membres du jury
- Francesco Cavatorta,
- Directeur de recherche
- Aurelie Campana
- Doyenne, Professeure titulaire
- Pauline Cote
- Professeure titulaire
- Jonathan N. C. Hill
- Examinateur externe, King’s College