Mémoires et thèses électroniques, Département de sociologie de l'Université Laval

Mémoires et thèses électroniques

  • Thèses et mémoires

Voici les mémoires et thèses électroniques qui se sont ajoutés à la collection depuis la dernière parution du Bulletin de sociologie (par ordre alphabétique).

Bélanger, Marc-André

Reconnaissance et management- Le cas du Harvard Business Review 

Direction de recherche: Daniel Mercure

Résumé : L’objectif de ce mémoire de maîtrise est de présenter et de critiquer le discours néomanagérial portant sur le thème de la reconnaissance au travail en s’appuyant sur la théorie de la lutte pour la reconnaissance proposée par Axel Honneth. Nous avons analysé 126 articles sélectionnés dans le Harvard Business Review de 2009 à 2013 pour comprendre comment les auteurs abordent la reconnaissance au travail, mais aussi l’autonomie, la réalisation de soi et l’identité qui sont des thèmes intimement liés à celui de la reconnaissance. Cette analyse nous a permis de montrer que les chercheurs et les praticiens du management emploient divers éléments de ces quatre thèmes afin de mobiliser la main-d’œuvre au profit des entreprises. Le discours qui transparaît dans les textes des auteurs encourage les entreprises à utiliser des stratégies pour convaincre les individus que leurs objectifs professionnels et personnels coïncident avec les objectifs de performance et de rentabilité des entreprises. Ces quatre thèmes, lorsqu’appliqués au management, constituent de puissants outils pour organiser et gérer les qualités et les capacités des individus de manière à optimiser leur performance professionnelle. Cette approche s’oppose à la théorie d’Honneth qui place la reconnaissance au centre d’un projet éthique mobilisant l’autonomie, la réalisation de soi et l’identité pour assurer l’autoréalisation des individus et des collectivités.

Boucher, Andrée-Anne

Devenir grand-parent au Québec - Solidarités familiales intergénérationnelles, expériences contingentes et idéaux situés

Direction de recherche : Dominique Morin

Résumé : Aujourd’hui, devenir grand-parent se vit d’une tout autre façon que pour les générations précédentes : la grand-parentalité est désormais reconnue contingente, généralement comme une chance, et on y évolue dans des situations de solidarité familiale intergénérationnelle diversifiées qui se transforment avec l’interprétation de nouveaux rôles de parents et de grands-parents. Ce mémoire vise à comprendre comment la solidarité familiale intergénérationnelle se transforme avec la naissance d’un premier enfant et petit-enfant et comment, dans ce nouveau contexte, les parents et grands-parents se trouvent engagés dans des pratiques de solidarité dans lesquelles – et par lesquelles – le rôle grand-parental prend forme. L’analyse d’entretiens croisés réalisés auprès de onze parents et de neuf grands-parents révèle que la naissance d’un enfant est perçue comme un moment charnière qui introduit de nouvelles attentes induisant pour la plupart un renforcement de la solidarité familiale intergénérationnelle, autant par une multiplication des pratiques concrètes de solidarité que par l’expérience de normes et de sentiments nouveaux. Le rôle grand-parental se profile dans la continuité du rôle parental exercé précédemment, en réponse aux nouveaux besoins des parents. Il s’articule également aux rôles tenus par les parents auprès des enfants, selon un principe de consolidation des fonctions parentales, ou de différentiation par rapport à celles-ci. Mais si le rôle grand-parental se définit en grande partie dans son articulation au rôle parental, il se compose également dans la filiation d’idéaux personnels qui renvoient à des souvenirs, s’appuient sur des modèles et se dessinent en opposition à des contre-exemples. C’est donc entre les attentes que posent ces conceptions idéalisées et les possibilités concrètes qu’offre la situation de solidarité familiale intergénérationnelle que le rôle grand-parental prend forme.

Déry, Caroline

Étude de la normativité sexuelle contemporaine - le cas d'une communauté de pratiques BDSM 

Direction de recherche : Madeleine Pastinelli

Résumé : Afin de cerner la teneur de la normativité sexuelle en contexte contemporain, cette étude prend pour objet les discours de praticien-ne-s de BDSM (bondage, discipline, domination, soumission, sadomasochisme) et la manière dont ces derniers/dernières font l’expérience du regard des autres sur leurs pratiques. L’étude montre que le type de rapport au jeu des praticien-ne-s influence leur rapport à la norme. Selon que les praticien-ne-s cherchent ou non à gommer la distance entre leur rôle dans le cadre du jeu et leur identité sociale, ils/elles sont susceptibles de se positionner en rupture ou en continuité vis-à-vis de la normalité sexuelle. Tandis que ceux/celles qui cherchent à « quotidianiser » leur pratique adoptent une attitude de distinction et conçoivent la sexualité normale comme étant ennuyeuse, les autres qui conçoivent le BDSM comme un jeu circonscrit dans des moments spécifiques sont portés à normaliser leurs pratiques et à les situer dans le prolongement de la normalité sexuelle. Les distinctions entre les deux types de rapport au BDSM (celui des tenant-e-s de la vieille école et des joueurs) portent essentiellement sur leur rapport aux coulisses du jeu et à la distance vis-à-vis des rôles. Les praticien-ne-s ne ressentent que très peu de stigmatisation auprès d’autrui. Les traces de l’épreuve d’un stigmate n’apparaissent que via le prisme de complexes et questionnements personnels chez les répondant-e-s qui s’interrogent parfois à savoir si leur intérêt pour certaines pratiques est sain. Les pratiques BDSM sont de l’ordre de la sphère privée et constituent un stigmate invisible. Les praticien-ne-s choisissent à qui et de quelle manière révéler qu’ils s’adonnent au BDSM en se basant sur la compréhension qu’ils/elles ont de la normativité. Le niveau d’intimité partagé ainsi que la séparation entre la sphère privée et publique font office de critères pour départager à qui révéler son intérêt pour le BDSM et comment.

Hupé, Pierre-Élie

Demain ne meurt jamais! Anticipation personnelle du futur individuel et de l'avenir collectif de jeunes québécois(es)

Direction de recherche : Madeleine Pastinelli

Résumé : La multiplication des crises rend imprévisible l'avenir du monde alors que la lourdeur du modèle productif entrave les possibilités d'imaginer un monde alternatif. Au plan individuel, le nombre de trajectoires de vie possible a explosé. À travers les concepts d'individualisation, de régime d'historicité et de temporalités sociales, ce mémoire étudie la projection individuelle des jeunes québécois(es) dans le futur individuel et l'avenir collectif. Pour la cerner, j'ai réalisé quinze entrevues qualitatives auprès de quinze jeunes de profils socioéconomiques variés. À l'analyse apparaît une grande variation dans la longueur des projections des jeunes qui peuvent aller d'un an à une vie entière. De même, ce qui constitue le cœur de la projection varie considérablement : équilibre entre domaines de la vie; expériences de vie; famille; engagement social; travail. Les répondant(e)s partagent un optimisme généralisé quant à leur futur personnel et considèrent avoir toutes les cartes en main pour se forger un futur à leur convenance même si deux tiers n'ont pas de plan de vie arrêté. L'horizon de la projection dans l'avenir collectif ne dépasse pas la vie humaine. Certain(e)s jeunes identifient des dimensions clefs – environnement, économie, conflit armé – qui auront un impact sur les autres facettes de l'avenir tandis que d'autres les réfléchissent en silo et font abstraction de leur interdépendance : l'utilisation incivile du cellulaire étant aussi préoccupante que la corruption ou que les changements climatiques. Deux tiers des jeunes s'attendent à une détérioration du monde, mais considèrent les menaces collectives à venir comme trop distantes spatialement et temporellement pour s'en inquiéter outre mesure. Dans la société individualiste, la promotion à l'autoréalisation est source d'angoisse pour les jeunes qui doivent renoncer à une multitude de potentialités en choisissant un programme d'étude ou un emploi. L'optimisme devant le futur personnel et l'impression d'une identité fixe dans un monde en mouvement résultent d'un sentiment de séparation du monde qui se renforce dans la société individualiste. Cette permanence semble aussi appuyer la thèse du présentisme de François Hartog (2012) soit la propension de la société contemporaine à donner plus d'importance au présent qu'au passé ou au futur.

Pigeon, Michel

Représentations et raisons d'action d'anciens responsables politiques concernant les changements climatiques

Direction de recherche : Louis Guay

Résumé : Les grands défis environnementaux, particulièrement celui des changements climatiques, sont beaucoup plus sociaux que techniques, car c’est principalement notre mode de vie qui est en cause. Pouvons-nous effectuer les changements qui s’imposent? Quelles sont les principales difficultés à vaincre? Comment les gouvernements doivent-ils agir? Pour contribuer à répondre à ces questions, nous avons choisi d’interviewer douze anciens ministres responsables des questions environnementales afin de comprendre les raisons de leur action, ainsi que les représentations qui les sous-tendent. Tant en France qu’au Québec, un ministre doit prendre en compte autant les perceptions et les représentations des citoyens que celles des différents groupes avec lesquels il est en contact (groupes de pression, lobbies, médias, élus locaux, etc.), de même que les objectifs du gouvernement et de son parti politique. Sa marge de manœuvre est étroite, ce qui explique en bonne partie pourquoi les ministres que nous avons interrogés ont tous agi un peu de la même manière. Ils ont tous tenté de faire au mieux pour la protection de l’environnement et le bien-être de leurs concitoyens, mais sans trop bousculer leur mode de vie ni l’ordre établi, tout en étant généralement très conscients que les défis à relever vont demander très bientôt des décisions beaucoup plus difficiles. La sociologie politique explique que les décisions politiques dans nos sociétés démocratiques sont des constructions collectives d’acteurs en interaction, et confirme donc globalement les résultats de notre analyse. Les actions politiques des anciens ministres peuvent également être interprétées à la lumière des trois logiques de l’action décrites par François Dubet. Par ailleurs, dans une vision interactionniste, où la signification des objets est créée par l’interaction, l’action est difficile lorsque cette signification n’est pas la même pour les différents acteurs, et c’est ce que nous avons constaté pour les enjeux environnementaux à long terme qui sont perçus très différemment par les citoyens et les ministres.