Iris Ntore

Portrait d'étudiante - Iris Ntore

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Iris Ntore est étudiante à la maitrise en sociologie. À la suite de son année d’échange qu’elle a passé ici au département de sociologie, il allait de soi qu’elle y poursuivrait ses études de deuxième cycle. Maintenant en phase d’écriture, Iris a eu la chance de se rendre en décembre dernier à Dakar, au Sénégal, dans le cadre du deuxième Atelier-colloque d’hiver du GIERSA, entre autres afin de présenter son projet de mémoire. Le Bulletin s’est entretenu avec elle.

Bulletin de sociologie : Pouvez-vous décrire brièvement votre parcours académique, et ce qui vous a mené vers la sociologie ?

Iris Ntore: Certains vous diront que choisir la sociologie comme domaine d’études était une évidence pour eux, mais ça n’a pas été le cas pour moi. Je voulais faire des études en information communication en licence, mais l’université en France à laquelle j’avais appliqué n’offrait cette option qu’en troisième année de licence. Il fallait donc que je m’inscrive en sociologie pour les 2 premières années de ma licence. Je dois dire que je n’étais pas très enthousiaste à cette idée. En revanche, après mes premiers cours et la rencontre avec des professeurs travaillant sur des sujets tout aussi différents les uns et les autres, et tous très inspirants, je pense que la sociologie est entrée dans mes veines. Ceci s’est confirmé lorsque j’ai eu l’opportunité de faire ma dernière année de licence en échange au département de sociologie de l’Université Laval. Mon passage dans le « Laboratoire de recherche » a été l’une des expériences les plus enrichissantes et marquantes de mon parcours académique. La poursuite en maitrise est devenue une évidence après ça.

B.d.s. : Quel est votre sujet de mémoire ? Quels constats s’en dégagent jusqu’ici ?

I.N. : Je travaille sur les pratiques linguistiques de familles immigrantes originaires de pays d’Afrique francophone (Burundi, Cameroun et Sénégal) qui vivent à Québec. Je m’intéresse donc à tout ce qui touche à l’usage et la place des langues dans ces familles et aussi au sens donné à ces pratiques. Ceci est d’autant plus pertinent que l’intégration linguistique est un sujet d’actualité au Québec et un enjeu important étant donné le contexte sociohistorique de la seule province francophone au Canada.

Pour l’instant ma recherche n’est pas encore achevée. Mais d’après les portraits statistiques des communautés d’immigrants tirés du recensement de 2006, nous pouvons dire que l’origine ethnique a un impact sur l’usage du français dans le cercle privé. Ceci serait lié au fait que les immigrants burundais, camerounais et sénégalais viennent de contextes sociolinguistiques très différents. Par exemple, le Burundi, où le kirundi y est parlé par une grande majorité de la population, est l’un des pays unilingues d’Afrique. En contraste, le Cameroun est qualifié de pays multilingue par excellence, n’ayant que le français comme langue commune. Quant au Sénégal, celui-ci est multilingue mais avec le wolof comme langue commune. Ces aspects pourraient donc expliquer les comportements linguistiques des immigrants qui proviennent de ces pays. Si on revient aux portraits statistiques ceux-ci montrent qu’une grande majorité (88,4%) de Camerounais parle français le plus souvent à la maison, et 70,8% de Sénégalais et 54,7% de Burundais.

B.d.s. : Pouvez-vous parler de votre séjour à Dakar, de ce que vous y avez fait et de ce que vous avez appris ?

I.N. : Le thème principal du 2e Atelier-Colloque d’hiver du GIERSA de 2016 était : « Nouvelles dynamiques familiales en Afrique ». Une vingtaine de professionnels de recherche et de professeurs travaillant sur les questions de la famille en Afrique nous ont présenté leurs travaux. Ces derniers se regroupaient sous plusieurs thématiques telles que : les nouvelles structures familiales, les politiques familiales, les rapports de genre, le cycle de vie, les rapports intergénérationnels, etc. Ces présentations se sont déroulées sur deux jours. La troisième journée du colloque était consacrée aux étudiants de deuxième et de troisième cycles. Certains présentaient leurs travaux et d’autres comme moi présentaient leur projet de recherche. On a reçu beaucoup de questions, critiques et recommandations pour nous aider à avancer dans l’élaboration de nos projets et dans l’analyse de nos travaux. Nous avons également pu échanger avec les différentes personnes qui étaient présentes.

Je peux dire que cette expérience a été très fructueuse. Elle m’a permis de voir mon projet sous un autre angle et de mettre de côté des questionnements moins pertinents tout en mettant en avant les apports social et scientifique que mon projet pourrait avoir.

J’ai beaucoup appris sur la société africaine dont je suis originaire et sur la famille qui reste une institution très importante. Comme toute société, elle est en constante évolution. Cerner ses particularités et ses transformations est une tâche ardue, surtout si on exerce le métier de chercheur dans un milieu qui n’est pas ouvert ou qui présente encore des problèmes dans la l’application de certaines méthodes de recherche. En revanche, les chercheurs qui ont participé à l’atelier ont montré qu’ils réussissaient à braver les obstacles auxquels ils font face. J’ai réalisé que la recherche est un tremplin pour toute société qui souhaite comprendre ses institutions, comme la famille, et mettre en place des politiques publiques. L’Afrique a besoin des chercheurs pour connaitre sa population et les transformations auxquelles elle fait face.

Quels sont vos projets pour la suite ?

Pour l’instant mon projet à court terme est de pouvoir finir ma maitrise. Ensuite, je souhaite réellement travailler dans le domaine de la recherche. Je rêve d’être professionnelle de recherche. Pourquoi ne pas pousser plus loin ma recherche et travailler dans une organisation qui s’intéresse aux questions de l’immigration ?