Il existe un lien indubitable entre l’existence autochtone et l’existence noire. À plusieurs égards, et notamment dans le contexte des Amériques et du Québec, on remarque une interdépendance historique, structurelle, légale, culturelle, épistémique et ontologique des conditions noires et autochtones, qui implique une attention particulière aux relations et possibilités de relations entre peuples autochtones et communautés noires pour se déprendre des dépossessions, oppressions et exclusions singulières. L’esclavage transatlantique et la colonisation d’occupation apparaissent comme conditions de possibilités interdépendantes de l’existence européenne (et euro-descendante) moderne et en Amérique, et comme éléments structurants des existences autochtones et noires sur le continent. L’expérience autochtone et noire, malgré leurs différences se trouve alors connectées. Elles se voient toutes deux placées au fait d’une extériorité, comme vis-à-vis de l’être « humain ». En sollicitant les écrits de l’incontournable Frantz Fanon, mais aussi ceux de Cédric Robinson ou encore Christina Sharp, Philippe Néméh-Nombré explore les mouvements de révoltes et revendications présentes dans les traditions des Études noires, et perspectives autochtones critiques.

Les « hauts fonds » (marins) représentent l’idée d’un endroit où la mer devient peu profonde, causant des problèmes de navigation. Leur présence pouvant générer vagues ou remous violents, ils véhiculent l’idée du changement. Une métaphore empruntée du contact entre l’eau (bateau négrier) et la terre (comme lieu de violence), Philippe Néméh-Nombré pense la culture hip-hop comme un espace de représentation voire de création des proximités du fait de la lutte commune de l’extériorité des cultures noires et autochtones. Car en effet, face à ce double rejet, se crée une proximité entre les deux groupes, et il souligne plusieurs points communs dans les frictions des expériences noires et autochtones en ce qui a trait aux violences, à l’oppression, dont le refus d’être reconnus, mais aussi à la nécessité de mettre fin aux violences, avec la création de nouvelles manières de résister. Ainsi les existences autochtones et noires trouvent intérêt dans la projection de futurs possibles. Et cette possibilité, Philippe Néméh-Nombré l’observe dans l’émergence d’un espace culturel qu’on appelle le hip-hop. Au-delà d’un style de musique, le hip-hop comme culture représente un espace, une manière de parler, de bouger, d’approcher le monde qui émerge dans l’expérience de l’extériorité, dans un contexte d’après-vie à l’esclavage. 

Alors, à la question comment peut-on envisager le hip-hop comme haut fond, comme un espace dans lequel adviennent réellement ces gestes de solidarités et ces gestes transformateurs, il soutient que le hip hop se veut une forme d’hybridité afro-américaine et caribéenne. Dans le contexte québécois, les caraïbes francophones et anglophones font vivre cet élan à travers les mixtapes, dans l’informel. Le hip-hop devient un outil de choix pour la jeunesse autochtones, au Québec mais aussi en Australie. La forme musicale et lyrique permet d’exprimer des idées, favorise le dialogue, la proximité, les solidarités. Au-delà des maux, et grâce aux mots, resurgit un rapprochement noir et autochtone. Le Hip hop se veut alors comme potentiel de transformation. Que ce soit par le biais du sampling, du remix, du call-and-response ou encore du freestyle, le hip-hop se veut utile pour créer une rupture avec le passé colonial. 

Il est intéressant de voir comment la culture populaire, à l’instar du hip-hop, peut être une voie de rapprochement, l’occasion d’une lutte commune.